Pour les parents d’enfants HPI, la relation avec l’école devient parfois plus complexe que prévu. Quand la scolarité devient source de tension, les parents ont souvent le sentiment de faire face à “l’école” comme à un bloc homogène. Une institution fermée, défensive, parfois opaque.
Dans la réalité, ce bloc n’existe pas. Il est composé de personnes, de rôles, de marges de manœuvre différentes, et surtout de sensibilités très inégales au dialogue.
L’un des leviers les plus efficaces, et pourtant les moins explicités, consiste à identifier les bons interlocuteurs et à construire avec eux des alliances plutôt que des rapports de force.
Comprendre qui fait quoi dans l’établissement
Tous les adultes présents dans un établissement scolaire n’ont ni le même rôle, ni le même pouvoir d’action. Les confondre conduit souvent à des incompréhensions inutiles.
La direction pense en termes de cadre, de cohérence globale, de gestion des équilibres internes. Elle arbitre, mais intervient rarement sur le quotidien pédagogique tant qu’il n’y a pas de crise formelle.
Le ou la CPE est souvent au croisement du scolaire, du relationnel et du comportemental. Son regard porte sur l’intégration de l’élève, le climat, les signaux faibles. C’est parfois un relais précieux lorsque les difficultés ne sont pas strictement académiques.
Le psychologue de l’Éducation nationale, quand il est présent et accessible, peut aider à poser un cadre de compréhension sans entrer dans une logique de diagnostic. Son rôle est souvent mal compris, mais il peut servir de tiers apaisant.
Enfin, certains enseignants jouent un rôle clé sans que cela apparaisse sur l’organigramme : professeur principal, enseignant avec qui le lien est plus fluide, adulte qui “voit” l’enfant au-delà de ses résultats. Ce sont souvent eux les véritables points d’appui.
Reconnaître les signaux d’ouverture sur le HPI
Passer du général au concret
On applique ce que vous venez de lire à votre situation.
Tous les interlocuteurs ne sont pas disponibles au dialogue de la même manière, au même moment. Chercher à convaincre tout le monde est épuisant et rarement efficace.
Les signaux d’ouverture sont souvent discrets :
- un enseignant qui pose des questions plutôt que d’énoncer des conclusions,
- un adulte qui reformule ce que vous dites au lieu de le contredire,
- une remarque du type “je n’avais pas vu les choses sous cet angle”.
Ces signaux ne signifient pas un accord total. Ils indiquent simplement un espace possible. C’est là qu’il est pertinent d’investir son énergie.
Créer des alliances plutôt que des fronts
Face à une difficulté persistante, si le sujet du HPI semble provoquer des blocages ou des inerties, a tentation est grande de vouloir “faire entendre raison” à l’institution. Cette posture, compréhensible, déclenche pourtant presque toujours un réflexe de défense.
Construire une alliance consiste à déplacer la question.
Il ne s’agit plus de démontrer que l’enfant est HPI, ni de convaincre que l’école se trompe, mais de travailler ensemble autour d’un objectif partagé : que l’enfant puisse apprendre sans s’abîmer.
Cette approche change profondément la dynamique. Elle permet à l’interlocuteur de rester dans son rôle sans perdre la face, et au parent de ne pas être enfermé dans l’image du “parent revendicatif”.

Savoir doser la communication
Un excès de communication peut devenir contre-productif. Trop d’emails, trop de rendez-vous, trop d’arguments finissent par brouiller le message et fatiguer les équipes.
À l’inverse, le silence prolongé laisse parfois s’installer des interprétations erronées qui deviennent ensuite difficiles à corriger.
La juste posture se situe souvent entre les deux :
des échanges ciblés, préparés, appuyés sur des faits observables plutôt que sur des intentions prêtées,
des points d’étape espacés mais réguliers,
et une capacité à laisser du temps au système pour intégrer ce qui a été dit.
La stratégie des petits déplacements
Dans beaucoup de situations, le changement ne vient pas d’une décision spectaculaire, mais d’une succession de micro-ajustements.
Une reformulation dans un bulletin.
Un regard différent posé sur un comportement.
Une attente pédagogique légèrement révisée.
Ces déplacements peuvent sembler minimes. Ils sont pourtant souvent décisifs pour un enfant HPI, dont le vécu scolaire est très sensible au regard des adultes.
Chercher les bons alliés, c’est accepter cette temporalité. Avancer sans forcer. Ajuster sans rompre. Construire sans s’opposer frontalement.
Une fiche parent pour parler du HPI avec l’école
Une fiche parent accompagne cet article.
Elle vous permettra de :
• repérer ce qui, dans certaines formulations, peut fermer le dialogue sans que l’on s’en rende compte,
• disposer de repères simples pour rester audible sans vous justifier,
• préparer un échange avec l’école sans entrer dans une logique de confrontation.
Cette fiche est accessible aux abonnés.
Pour certains parents, ces repères suffisent à rétablir un dialogue plus fluide.
Pour d’autres, la difficulté est moins le principe que son adaptation à leur établissement, à leur histoire, aux tensions déjà présentes.
Dans ces situations, un travail de clarification réalisé ensemble pourra permettre de construire une stratégie de communication ajustée, sans multiplier les actions ni s’épuiser.


