Quand un enfant HPI pose problème à l’école, le mot qui revient le plus vite est souvent le même : discipline. Trop lent. Trop bavard. Trop contestataire. Pas assez cadré.
Et très vite, les parents se retrouvent coincés entre deux injonctions contradictoires : poser un cadre plus ferme… sans casser un enfant qui fonctionne justement par compréhension et par sens.
Si la discipline “classique” échoue souvent avec les enfants HPI, ce n’est pas par manque d’autorité, mais parce qu’elle repose sur des leviers qui ne sont pas les bons.
Ce que l’école appelle “indiscipline” n’est pas toujours un refus d’obéir
Chez un enfant HPI, la difficulté n’est pas d’accepter une règle. La difficulté est d’accepter une règle qui n’a pas de sens, ou dont le sens n’est pas explicité.
Là où d’autres enfants peuvent se conformer par automatisme ou par peur de la sanction, l’enfant HPI cherche à comprendre :
- pourquoi cette règle existe,
- à quoi elle sert,
- si elle est juste,
- et si elle est appliquée de manière cohérente.
Ce questionnement n’est pas une provocation.
C’est un mode de fonctionnement.
Quand cette quête de sens est interprétée comme de l’opposition, l’escalade commence : plus de rappels, plus de sanctions, plus de crispation… et moins d’adhésion de sa part. A partir de cette rupture de confiance, l’enfant HPI va également abandonner l’admiration dont il a besoin pour apprendre.
Pourquoi la punition fonctionne mal avec les enfants HPI
Passer du général au concret
On applique ce que vous venez de lire à votre situation.
La sanction est censée produire un effet simple : associer une conséquence négative à un comportement pour l’éteindre.
Chez les enfants HPI, elle produit souvent l’effet inverse :
- soit elle génère de l’injustice et de la colère (“on ne m’a pas compris”),
- soit elle renforce le faux-self (“je vais me taire et me conformer”),
- soit elle abîme la relation à l’adulte, qui devient une figure arbitraire.
Dans tous les cas, elle ne règle pas le problème de fond : l’enfant n’a toujours pas compris le cadre, ni son utilité.
La discipline devient alors une lutte de pouvoir, là où elle devrait être un repère sécurisant.
Ce dont un enfant HPI a réellement besoin pour respecter un cadre
Contrairement à une idée reçue, les enfants HPI ont besoin de cadre. Mais pas de n’importe lequel.
Trois éléments sont déterminants.
La cohérence.
Une règle qui change selon l’adulte, le moment ou l’humeur devient immédiatement inaudible. L’enfant HPI repère très vite les incohérences et cesse d’investir le cadre.
Le sens explicité.
Dire “c’est comme ça” ou “c’est la règle” ne suffit pas. Expliquer la fonction d’une règle (“pour que chacun puisse se concentrer”, “pour que la classe fonctionne”) permet l’adhésion.
La fermeté calme.
Pas de négociation permanente, pas de justification excessive, mais une posture stable. Le cadre n’est pas discutable en permanence, même s’il est explicable.
Un enfant HPI respecte plus volontiers un cadre qu’il comprend qu’un cadre qu’il subit.
Le piège fréquent des parents : trop expliquer ou trop lâcher
Face aux difficultés de discipline, les parents oscillent souvent entre deux extrêmes.
D’un côté, trop expliquer.
Tout devient négociable, argumenté, débattu. L’enfant finit par croire que la règle dépend de sa capacité à convaincre.
De l’autre, lâcher prise.
Par fatigue, par peur d’abîmer la relation, ou parce que “de toute façon il ne supporte pas l’autorité”.
Dans les deux cas, le cadre se fragilise.
Une posture plus juste consiste à :
- expliquer une fois le sens de la règle,
- maintenir la règle sans s’excuser,
- rester constant dans son application.
Le cadre n’a pas besoin d’être dur, il a besoin d’être fiable.

Quand l’école et la maison n’envoient pas le même message
Les difficultés explosent lorsque l’enfant reçoit deux discours opposés :
- un cadre rigide et peu explicité à l’école,
- un cadre très souple ou sur-adapté à la maison.
L’enfant se retrouve alors à naviguer entre deux mondes incompatibles. Il s’adapte… ou il se fissure.
Sans se substituer à l’école, les parents peuvent jouer un rôle clé : aider l’enfant à décoder le cadre scolaire, même s’il est imparfait, et lui donner des repères internes pour s’y adapter sans se renier.
Cela passe par des phrases simples, du type :
- “À l’école, la règle ne dit pas toujours si elle est juste, mais elle dit ce qui est attendu.”
- “Tu peux ne pas être d’accord et respecter quand même.”
- “Comprendre ne veut pas dire approuver.”
Ce travail de clarification protège l’enfant bien plus qu’une opposition frontale au système.
Discipline ne veut pas dire dressage
Chez un enfant HPI, la discipline ne peut pas être réduite à une obéissance mécanique.
Elle est un apprentissage progressif :
- de la frustration,
- du cadre collectif,
- et de la distinction entre ce que l’on pense et ce que l’on fait.
Quand la discipline est pensée en termes de sens et de cohérence, elle ne brime pas l’enfant. Elle le sécurise.
Et surtout, elle lui permet d’apprendre une compétence essentielle pour la suite : fonctionner dans un système imparfait, sans se perdre lui-même.
Pour aider les parents à poser un cadre clair et sécurisant avec un enfant HPI, une fiche pratique accompagne cet article. Elle propose des repères concrets pour distinguer fermeté, rigidité et laxisme, des formulations simples pour poser une règle sans entrer dans un rapport de force, ainsi que des erreurs fréquentes qui fragilisent le cadre, à la maison comme à l’école.
Cette fiche est réservée aux abonnés de la série La scolarité des enfants HPI – 20 clés pour comprendre et agir. Elle peut être utilisée telle quelle pour clarifier une situation éducative ou préparer un échange avec un enseignant. Pour la recevoir, pensez à vous abonner sur cette page.


